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Face à Macron, la droite touchée mais pas (encore) coulée

Depuis le 23 avril, la droite française est déchirée sur l’attitude à adopter face à Emmanuel Macron. Après les élections législatives des 11 et 18 juin, trois scénarios seront possibles : la cohabitation, la coalition, ou l’opposition. Par ROMAIN MILLARD

Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, le résultat de l’élection présidentielle ne déterminera pas entièrement celui des élections législatives qui suivent. En cas de victoire — probable — d’Emmanuel Macron, les candidats « En Marche » profiteront certes d’une dynamique institutionnelle, mais ils sont pour beaucoup inconnus et peu préparés.

Le Front National peut voir ses électeurs se démobiliser en cas d’une défaite lourde de Marine Le Pen, discréditée par sa prestation désolante au débat d’entre-deux-tours. Quant à ce qui reste de la gauche, elle est éclatée entre socialistes et mélenchonistes. Dans ce contexte, la droite et le centre peuvent créer la surprise.

Les trois atouts de la droite et du centre

L’idée que les Républicains et l’UDI obtiennent le plus grand nombre de députés n’est pas si folle. Les deux partis peuvent compter sur de solides atouts que la défaite de François Fillon n’a pas effacés.

Premièrement, ils partent unis dans la plupart des circonscriptions, ce qui augmente les chances de virer en tête dès le premier tour. Investis depuis plusieurs mois, les candidats disposent d’une base militante qui est certes écœurée, mais aussi expérimentée et avide d’effacer la défaite du 23 avril par de nouvelles victoires.

Deuxièmement, les Républicains et l’UDI ont remporté toutes les élections locales depuis mars 2014. Leurs candidats aux législatives peuvent donc compter sur de nombreux maires, conseillers départementaux et régionaux, ainsi que sur les réseaux associatifs de ces derniers, pour servir de relais d’opinion efficaces auprès des électeurs.

Troisièmement, en choisissant François Baroin comme chef de file pour la campagne des législatives, les cadres LR se sont accordés sur une personnalité qui parvient à la fois à défendre une ligne politique relativement modérée et à être audible auprès de la frange la plus radicalisée de l’électorat de droite, de par sa proximité avec Nicolas Sarkozy puis François Fillon.

Selon la manière dont la campagne des législatives se déroule, trois scénarios s’imposeront à la droite et au centre : la cohabitation, la coalition, ou l’opposition.

Le scénario idéal : la cohabitation

Pour les Républicains, le scénario idéal serait d’obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Dans cette hypothèse, leur capacité d’action serait maximale puisqu’ils pourraient imposer à Emmanuel Macron un gouvernement et faire passer des réformes sans son accord. De par la solidarité gouvernementale, l’unité du parti devrait être préservée à moyen terme.

Cependant, en tergiversant sur le soutien à apporter à Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, la droite a perdu sur trois tableaux : d’une part elle a rebuté ses électeurs « Macron-compatibles » ; d’autre part elle a incité à une abstention qui pourrait se reproduire à son détriment les 11 et 18 juin ; enfin elle a hystérisé ceux qui sont tentés de dériver vers l’extrême-droite.

Par conséquent, si le scénario de la cohabitation n’est pas impossible, il n’est pas le plus probable dans la mesure où il nécessiterait un effondrement des dynamiques électorales d’ »En Marche » et du Front National et un transfert massif d’électeurs vers les LR et l’UDI.

Le scénario intermédiaire : la coalition

Dans ce scénario intermédiaire, on pourrait se retrouver avec une Assemblée nationale sans groupe politique majoritaire. Par conséquent, les représentants d’ »En Marche » devraient se mettre autour d’une table avec d’autres partis pour lister dans un « contrat de gouvernement » les réformes qu’ils pourraient voter ensemble et acter leurs désaccords sur les autres points.

Alors que le Parti Socialiste et « En Marche » n’ont presque que des désaccords, les points de convergence entre « En Marche », LR et l’UDI sont loin d’être négligeables : relance du couple franco-allemand, réforme de l’éducation nationale vers plus d’autonomie des établissements, réforme du marché du travail vers plus de flexi-sécurité, négociation du temps de travail au sein de chaque entreprise, refonte de la formation professionnelle au profit des chômeurs, revalorisation de l’apprentissage, diminution de la dépense publique et du nombre de fonctionnaires, allègement de la fiscalité des entreprises, recrutement de 10 000 policiers et gendarmes, construction de nouvelles places de prison…

Même s’ils ne devaient obtenir qu’une majorité relative ou n’être que le deuxième groupe de l’Assemblée nationale, les Républicains et l’UDI auraient l’opportunité de faire passer une partie des réformes qu’ils défendent depuis des années, tout en empêchant Emmanuel Macron de faire passer les mesures qui génèrent des désaccords, comme la hausse de la CSG, ou l’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages, qui assècherait les finances des collectivités locales et engendrerait une hausse drastique de la taxe foncière sur les propriétaires.

Dans une telle configuration, Les Républicains seraient condamnés à une scission plus ou moins prononcée entre ceux qui accepteraient de négocier avec Emmanuel Macron et ceux qui parieraient d’entrée de jeu sur l’échec du nouveau quinquennat et s’opposeraient à tout, quel que soit le contenu des réformes proposées.

Le scénario catastrophe : l’opposition

Dans un scénario catastrophe, la droite et le centre pourraient largement perdre les élections législatives. Les députés « En Marche » obtiendraient à eux seuls la majorité absolue et pourraient, sans avoir à négocier, former un gouvernement et appliquer tout le projet d’Emmanuel Macron, y compris les mesures que combattent LR et l’UDI.

Dans ce cas de figure, non seulement la droite et le centre seraient écartés du pouvoir national et n’auraient plus aucune utilité pour le pays, mais à cela s’ajouterait la quasi-absorption de l’UDI par « En Marche » et l’implosion des Républicains. En effet, la cohabitation au sein d’un même parti deviendrait impossible entre les modérés qui accepteraient de soutenir des réformes d’Emmanuel Macron au cas par cas, et ceux qui adopteraient une stratégie d’opposition virulente qui n’aurait rien à envier au Front National.

En tout état de cause, la droite n’a pas fini d’être, à l’image de la France, ébranlée par l’éternel clivage entre modérés et radicaux. À voir si ce clivage débouche sur une complémentarité ou sur une lutte à mort.

Romain Millard

Élu municipal à Villebon-sur-Yvette (Essonne),
membre de Les Républicains, juriste

Photo : Emmanuel Macron lors du sommet franco-chinois de Toulouse en juillet 2015. | Pablo Tupin-Noriega

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